Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS) : le guide complet pour les restaurants 2026

Plus de 100 000 contrôles sanitaires sont réalisés chaque année en France par les agents de la DDPP. Dans la quasi-totalité des fermetures administratives, le constat est le même : un PMS absent, incomplet ou non appliqué. Ce guide vous donne tout ce qu'il faut pour créer, organiser et tenir à jour un Plan de Maîtrise Sanitaire solide — et transformer chaque inspection en formalité.

Qu'est-ce qu'un Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS) ?

Définition officielle

Le Plan de Maîtrise Sanitaire est un ensemble documenté de mesures mises en place par un établissement alimentaire pour garantir la sécurité sanitaire de ses denrées. Il décrit toutes les procédures, enregistrements et dispositions prises pour maîtriser les dangers biologiques, chimiques et physiques susceptibles d'affecter les aliments — de la réception des matières premières jusqu'au service en salle.

Le concept est issu du "Paquet Hygiène" européen, entré en vigueur en janvier 2006, qui regroupe notamment :

  • Le règlement CE n°178/2002 — établissant les principes généraux de la législation alimentaire et la traçabilité
  • Le règlement CE n°852/2004 — relatif à l'hygiène des denrées alimentaires, imposant la démarche HACCP
  • Le règlement CE n°853/2004 — fixant des règles spécifiques pour les denrées animales

PMS vs HACCP : quelle différence exactement ?

C'est la confusion la plus fréquente — et elle peut être coûteuse. Voici comment les distinguer clairement :

Critère HACCP PMS
Nature Méthode d'analyse des dangers (7 principes) Document global de maîtrise sanitaire
Périmètre Identification et contrôle des CCP BPH + HACCP + Traçabilité + Allergènes
Relation Pilier du PMS Contient et dépasse l'HACCP
Origine NASA / Pillsbury (années 1960) Paquet Hygiène européen (2004–2006)
Format Analyse documentée, tableaux CCP Classeur ou logiciel complet
💡
À retenir — Dans le langage courant, on parle souvent de "faire son HACCP" pour désigner la mise en place du PMS. Juridiquement, c'est le PMS qui est exigé par la réglementation. L'HACCP en est le moteur analytique, mais le PMS est bien plus large.

Qui est concerné par le PMS ?

Tous les opérateurs du secteur alimentaire sont concernés, sans exception de taille ou de statut :

  • Restaurants commerciaux (traditionnel, rapide, gastronomique, food truck)
  • Restaurants collectifs (cantines d'entreprises, établissements scolaires, EHPAD)
  • Traiteurs, pâtissiers, boulangers avec vente sur place
  • Hôtels avec petit-déjeuner ou restauration
  • Dark kitchens et services de livraison de repas
  • Épiceries fines, fromageries, charcuteries avec transformation sur place

Le PMS est-il obligatoire — et que risquez-vous sans lui ?

La base légale

Le PMS est rendu obligatoire en France par la combinaison de plusieurs textes :

  • Le règlement CE n°852/2004 (article 5) — impose une procédure fondée sur les principes HACCP à toute entreprise alimentaire
  • L'arrêté du 21 décembre 2009 — fixe les règles sanitaires applicables aux activités de commerce de détail, restauration commerciale, transformation
  • La note de service DGAL/SDSSA/N2012-8119 — précise les attentes de l'administration française concernant le PMS en restauration commerciale

En pratique, un restaurateur sans PMS est en infraction avec le règlement européen depuis 2006. Il n'existe aucune dérogation liée à la taille ou au volume d'activité.

Ce que l'inspecteur DDPP vérifie dans votre PMS

La DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) dispose d'une grille d'inspection standardisée. Voici les 7 points qu'un inspecteur examine en priorité :

# Point de contrôle Ce qui est vérifié Criticité
1 Existence du PMS Document physique ou numérique, accessible immédiatement 🔴 Critique
2 Relevés de température Présence, régularité (2×/jour), conservation (3 ans min.) 🔴 Critique
3 Plan de nettoyage Existence + preuves d'application (fréquences, produits) 🟠 Majeur
4 Traçabilité fournisseurs Bons de livraison, DLC, étiquettes fournisseurs conservés 🟠 Majeur
5 Formation du personnel Attestation formation hygiène de la personne référente 🟠 Majeur
6 Gestion des allergènes Procédures écrites, affichage client, formation équipe 🟡 Important
7 Actions correctives Enregistrements des non-conformités passées et mesures prises 🟡 Important

Les sanctions encourues

Les sanctions sont progressives et peuvent être très lourdes :

  • Observation avec délai de mise en conformité — pour les premières infractions mineures (15 à 60 jours)
  • Mise en demeure formelle — pour les infractions notables ou récidivantes
  • Procès-verbal et amende — jusqu'à 15 000 € en cas d'infraction grave (article L237-1 du Code rural et de la pêche maritime)
  • Fermeture administrative immédiate — en cas de danger avéré pour la santé publique (sans délai, sans indemnité)
  • Sanctions pénales — jusqu'à 1 an d'emprisonnement en cas de TIAC (Toxi-Infection Alimentaire Collective) avérée
⚠️
Chiffres clés 2024 — Selon la DGAL, plus de 100 000 inspections sanitaires sont réalisées chaque année en restauration. L'ANSES a recensé 1 924 foyers de TIAC en 2022, touchant plus de 15 000 personnes. La restauration commerciale est le premier lieu d'origine identifié. Dans 80 % des cas, une non-maîtrise de la chaîne du froid ou une contamination croisée était en cause — deux éléments directement adressés par un bon PMS.

Les 4 piliers du Plan de Maîtrise Sanitaire

La quasi-totalité des guides disponibles décrivent 3 piliers au PMS. En 2026, la conformité exige d'en reconnaître 4 : les allergènes constituent désormais une obligation documentaire distincte depuis le renforcement du règlement INCO (n°1169/2011). Voici la structure complète :

Pilier 1 — Les Bonnes Pratiques d'Hygiène (BPH)

Les BPH, aussi appelées Programmes Prérequis (PrP), constituent le socle du PMS. Elles décrivent toutes les mesures générales d'hygiène qui permettent de maintenir un environnement de travail sain, indépendamment de l'analyse HACCP. Sans BPH correctement documentées, l'analyse HACCP ne peut pas fonctionner correctement.

BPH Ce que cela couvre Documents requis Fréquence de contrôle
1. Personnel Tenue, hygiène corporelle, état de santé, formation Attestations formation, règlement intérieur hygiène À chaque embauche + annuel
2. Nettoyage & Désinfection Plan N+D : surfaces, équipements, chambres froides Plan N+D, fiches produits (FDS), enregistrements Quotidien à hebdomadaire selon zone
3. Lutte contre les nuisibles Rongeurs, insectes, oiseaux — prévention et traitement Contrat prestataire ou plan de dératisation propre Trimestriel minimum
4. Maîtrise des températures Relevés froid/chaud, étalonnage sondes, alertes Fiches de relevés de température (2×/jour) 2 fois par jour, archives 3 ans
5. Qualité de l'eau Eau potable, rinçage, glace, nettoyage matériel Attestation branchement réseau public ou analyses Annuel si réseau propre
6. Maintenance des équipements État des frigos, fours, bacs, plans de travail Registre de maintenance, contrats entretien Selon usage et âge
7. Réception des matières premières Contrôle à la livraison : T°, emballage, DLC Fiche de contrôle à réception À chaque livraison
Conseil pratique — Le plan de nettoyage et désinfection (BPH n°2) est l'élément le plus souvent mal documenté lors des contrôles. Il doit préciser pour chaque zone et équipement : le produit utilisé (avec sa fiche de données de sécurité), la dilution, le temps de contact, la fréquence et la personne responsable. Un tableau d'une page suffit — notre checklist HACCP en inclut un modèle.

Pilier 2 — Le plan HACCP

Le plan HACCP est l'analyse formelle des dangers spécifiques à votre établissement. Il identifie pour chaque étape de votre production (réception, stockage, préparation, cuisson, refroidissement, service) les dangers potentiels et les mesures de maîtrise associées.

La démarche HACCP repose sur 7 principes et se déploie en 12 étapes (5 étapes préliminaires + application des 7 principes). En restauration commerciale, les CCP les plus fréquents sont :

  • La cuisson — température à cœur suffisante (63°C à 74°C selon l'aliment) pour détruire les pathogènes
  • Le refroidissement rapide — de +63°C à +10°C en moins de 2 heures (cellule obligatoire)
  • La réception à température dirigée — vérification systématique des matières premières réfrigérées à réception

Nous détaillons les 7 principes et les 12 étapes dans la section suivante.

Pilier 3 — La traçabilité et la gestion des non-conformités

La traçabilité est définie par le règlement CE n°178/2002 comme la "capacité de retracer, à travers toutes les étapes de la production, de la transformation et de la distribution, le cheminement d'une denrée alimentaire." Elle se décline en 3 niveaux :

  • Traçabilité amont — identification de vos fournisseurs, conservation des bons de livraison, numéros de lot
  • Traçabilité interne — étiquetage des préparations (date de fabrication, DLC, nom du produit), suivi des stocks
  • Traçabilité aval — enregistrement des groupes de consommateurs (indispensable en restauration collective, recommandé en commercial)

La gestion des non-conformités complète ce pilier : toute déviation constatée (rupture de la chaîne du froid, livraison non conforme, produit avarié) doit être documentée avec l'action corrective prise — destruction, retour fournisseur, recuisson.

Pour approfondir ce sujet, consultez notre guide complet sur la traçabilité alimentaire en restauration.

Pilier 4 — La gestion des allergènes (obligation renforcée 2026)

Depuis le règlement INCO n°1169/2011 — et son renforcement progressif jusqu'en 2026 — les allergènes constituent une obligation documentaire autonome au sein du PMS. Les 14 allergènes majeurs doivent être gérés à travers des procédures écrites :

Les 14 allergènes majeurs Exemples dans un menu restaurant
Gluten (blé, seigle, orge, avoine…)Pain, pâtes, farines, bière
CrustacésCrevettes, homard, tourteau, langoustines
ŒufsMayonnaise, pâte fraîche, génoise, soufflé
PoissonsFilets, fumé, anchois, sauce Worcestershire
ArachidesHuile d'arachide, satay, certains desserts
SojaTofu, sauce soja, lécithine de soja
LaitBeurre, crème, fromage, lactose, caséine
Fruits à coqueAmandes, noisettes, noix, pistaches, cajou
CéleriBranches, graines, racine, certains bouillons
MoutardeGraines, feuilles, poudre, condiments
Graines de sésameTahini, pain bagel, huile de sésame
Anhydride sulfureux / SulfitesVin, vinaigre, fruits secs, certains plats
LupinFarine de lupin, certains pains et pâtes
MollusquesMoules, palourdes, calmars, huîtres

Votre PMS doit documenter : la liste des plats contenant chaque allergène, les procédures pour éviter la contamination croisée (ustensiles dédiés, plans de travail séparés), la formation du personnel en salle et en cuisine, et les modalités d'information des clients. Pour aller plus loin : notre guide complet sur les allergènes en restauration.

Le plan HACCP en détail : 7 principes et 12 étapes

Les 7 principes HACCP

Principe Intitulé Ce que vous faites concrètement
1 Analyse des dangers Identifier tous les dangers (biologiques, chimiques, physiques) à chaque étape de production
2 Identification des CCP Déterminer les points critiques via l'arbre de décision (4 questions)
3 Fixation des limites critiques Définir les seuils à ne pas dépasser (ex : 63°C min à cœur pour la cuisson)
4 Surveillance des CCP Mettre en place les mesures de contrôle (thermomètre, fréquence, responsable)
5 Actions correctives Définir les mesures à prendre si une limite critique est dépassée
6 Vérification du système Audits internes, analyses microbiologiques périodiques, revue du PMS
7 Documentation et enregistrements Consigner toutes les mesures, résultats et actions dans des supports conservés 5 ans

Les 12 étapes de la démarche HACCP

Les 7 principes sont précédés de 5 étapes préliminaires indispensables :

  1. Constituer l'équipe HACCP — Désigner le responsable du PMS et les personnes impliquées
  2. Décrire le produit — Pour chaque préparation : ingrédients, procédés, conditions de conservation
  3. Identifier l'utilisation attendue — Consommateur final, population vulnérable (allergie, EHPAD), mode de consommation
  4. Établir le diagramme de fabrication — Schéma étape par étape de la production (réception → stockage → prépa → cuisson → service)
  5. Confirmer sur site le diagramme — Vérification terrain que le schéma correspond à la réalité
  6. Principe 1 : Analyser les dangers
  7. Principe 2 : Déterminer les CCP
  8. Principe 3 : Fixer les limites critiques
  9. Principe 4 : Établir la surveillance
  10. Principe 5 : Définir les actions correctives
  11. Principe 6 : Vérifier le système
  12. Principe 7 : Documenter et enregistrer
📋
Exemple de CCP en restaurant — Prenons la cuisson d'un poulet rôti. Danger identifié : Salmonella et Campylobacter (biologiques). CCP : étape cuisson. Limite critique : 74°C à cœur minimum. Surveillance : thermomètre à sonde à chaque fournée. Action corrective : si T° insuffisante, poursuivre la cuisson ; si incertitude sur la mesure, détruire le produit. Enregistrement : fiche de contrôle cuisson datée et signée.

Pour maîtriser les températures de conservation et de cuisson qui forment la colonne vertébrale de votre HACCP, consultez notre tableau complet des normes 2026.

Checklist HACCP gratuite à imprimer Plan de nettoyage, relevés de température et fiches de contrôle cuisson inclus
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Comment créer son PMS : planning de mise en place sur 4 semaines

La mise en place d'un PMS complet demande entre 20 et 40 heures de travail, selon la taille et la complexité de votre établissement. Voici un planning réaliste pour y parvenir sans se noyer, que vous le fassiez seul ou avec un consultant.

Semaine Objectif Actions concrètes Documents produits
Semaine 1 Diagnostic et cartographie Inventaire des équipements, liste des fournisseurs, plan des locaux, identification des flux (marche en avant) Plan des locaux annoté, liste fournisseurs, inventaire des équipements
Semaine 2 BPH et plan de nettoyage Rédaction du plan N+D par zone, fiche hygiène du personnel, procédure de réception, plan de lutte contre les nuisibles Plan de nettoyage complet, fiche hygiène personnel, procédure réception matières premières
Semaine 3 Analyse HACCP et CCP Rédaction du diagramme de fabrication pour vos 5-10 plats types, analyse des dangers, identification des CCP, fixation des limites critiques Diagrammes de fabrication, tableau analyse des dangers, plan HACCP avec CCP
Semaine 4 Traçabilité, allergènes et test Mise en place des fiches de traçabilité, procédure allergènes, procédure de gestion des non-conformités, test grandeur nature pendant un service Fiches de traçabilité, procédure allergènes, procédure non-conformités, 1ère semaine de relevés de température
Conseil clé — Ne cherchez pas la perfection dès le départ. Un PMS imparfait mais appliqué est infiniment plus valorisé par un inspecteur DDPP qu'un PMS parfait sur le papier mais jamais utilisé. Commencez par les éléments critiques (relevés de température, plan N+D) et complétez progressivement. L'essentiel est que le document soit vivant, mis à jour et que le personnel le connaisse.

Faut-il un consultant ou peut-on le faire seul ?

Les deux sont possibles. Voici comment choisir :

  • En autonomie — Recommandé si vous avez suivi la formation HACCP de 14h et disposez de temps. Le Guide de Bonnes Pratiques d'Hygiène (GBPH) de la restauration commerciale, disponible auprès de votre syndicat professionnel, est une base solide. Coût : quasi nul hors temps de travail.
  • Avec un consultant — Recommandé pour les établissements complexes (buffets, traiteur, dark kitchen, EHPAD). Comptez 500 à 2 000 € selon le prestataire. Vérifiez qu'il est certifié et propose un accompagnement à la mise en application, pas seulement la rédaction du document.
  • Avec un logiciel HACCP — Idéal pour les établissements à fort volume ou multi-sites. Voir la section PMS papier vs numérique.

PMS papier ou PMS numérique : que choisir en 2026 ?

Les deux formats sont légalement reconnus par l'administration. Le choix dépend de votre organisation, de votre niveau de digitalisation et de votre taille.

Critère PMS papier PMS numérique (logiciel/app)
Coût Quasi nul (impression) 30 à 150 €/mois selon l'outil
Temps de saisie 5–10 min/jour par personne 1–3 min/jour (formulaires guidés)
Risque d'oubli Élevé (dépend de la rigueur) Faible (rappels automatiques)
Alertes température Aucune (relevé manuel) Alertes SMS/email en temps réel
Archivage et recherche Classeur physique, recherche manuelle Historique searchable, export PDF automatique
Acceptation DDPP ✅ Totale ✅ Totale (depuis 2019)
Lors d'un contrôle Présentation physique du classeur Accès immédiat via tablette ou téléphone
Formation équipe requise Minimale 1 à 2h pour la prise en main
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Notre recommandation — Pour un restaurant indépendant avec une brigade de 3 à 8 personnes, le PMS papier bien tenu est amplement suffisant. Pour les établissements plus grands, les buffets ou les cuisines centrales, la digitalisation via un logiciel dédié (Octopus HACCP, eEat, Nona, Hyséa) permet de gagner 30 à 45 minutes par jour et de supprimer quasiment le risque d'oubli des relevés.

Les 6 erreurs qui font rater votre contrôle DDPP

Ces erreurs sont identifiées dans les rapports d'inspection de la DGAL et dans les retours de terrain de consultants spécialisés. Elles sont responsables de la quasi-totalité des mises en demeure en restauration commerciale.

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Erreur n°1 — Le PMS non mis à jour après un changement de menu
Vous avez changé votre carte, ajouté des nouveaux plats, changé de fournisseur de viande ? Si votre PMS date de l'ouverture et ne reflète plus votre activité réelle, c'est une non-conformité immédiate. L'inspecteur compare ce que dit votre PMS avec ce qu'il voit en cuisine. Règle : mise à jour systématique dès qu'un changement significatif survient.
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Erreur n°2 — Des relevés de température avec des lacunes
Une semaine sans relevés pendant les vacances, un mois d'hiver où "on a oublié"... Les trous dans les registres de température sont un signal d'alarme rouge pour l'inspecteur. Ils suggèrent une application partielle du PMS. La fréquence minimale est 2 fois par jour pour chaque enceinte froide, 365 jours par an, y compris les jours de fermeture (votre frigo fonctionne même quand vous êtes en vacances).
⚠️
Erreur n°3 — La traçabilité fournisseurs incomplète
Jeter les bons de livraison "parce qu'ils prennent de la place" est une erreur classique. Ces documents constituent la preuve de votre traçabilité amont. Sans eux, impossible de prouver l'origine d'un produit en cas de TIAC. Conservez-les 5 ans minimum — scannés et numérisés si vous manquez de place.
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Erreur n°4 — Un personnel non formé ou sans attestation
La formation HACCP de la personne référente est vérifiée systématiquement. Mais l'inspecteur peut aussi poser des questions au personnel en salle ou en cuisine (températures, allergènes, procédures). Un serveur qui ne sait pas ce qu'est un allergène ou un cuisinier qui ignore la limite des +63°C est un signal négatif. La formation doit être permanente, pas ponctuelle.
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Erreur n°5 — Aucune procédure écrite de rappel produit
"En cas de problème, on saurait quoi faire." Cette phrase non documentée ne satisfait pas un inspecteur. Votre PMS doit inclure une procédure de retrait/rappel écrite : qui contacter, comment identifier les lots concernés, comment informer les clients si nécessaire. Une page suffit — elle peut sauver votre réputation en cas de crise.
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Erreur n°6 — Les allergènes gérés uniquement en salle, pas dans la cuisine
Afficher les allergènes sur la carte est une obligation. Mais si en cuisine les procédures de séparation (ustensiles dédiés, plans de travail séparés, ordre de préparation) ne sont pas documentées et appliquées, la mention sur la carte n'a aucune valeur réelle. L'inspecteur peut demander à voir comment vous évitez la contamination croisée, pas seulement ce que vous affichez.

Auto-audit avant inspection : les 12 points que vérifie la DDPP

Réalisez cet auto-audit avant chaque renouvellement ou après un changement important. Il reprend la grille officielle des inspecteurs de la DDPP :

# Point à vérifier Documents à avoir Statut
1 PMS à jour et accessible Classeur physique ou accès logiciel immédiat ☐ OK / ☐ À faire
2 Relevés de température des 3 derniers mois Fiches journalières (minimum 2×/jour) ☐ OK / ☐ À faire
3 Plan de nettoyage complet et signé Tableau N+D par zone avec produits et fréquences ☐ OK / ☐ À faire
4 Bons de livraison des 3 derniers mois Classés par fournisseur ou par date ☐ OK / ☐ À faire
5 Attestation de formation HACCP du responsable Certificat nominatif, organisme Qualiopi ☐ OK / ☐ À faire
6 Fiches produits N+D (FDS des détergents) Fiches de données de sécurité des produits utilisés ☐ OK / ☐ À faire
7 Procédure allergènes documentée Liste des plats × allergènes + procédures cuisine ☐ OK / ☐ À faire
8 Enregistrements des non-conformités passées Fiche action corrective avec date, nature, mesure prise ☐ OK / ☐ À faire
9 Plan de lutte contre les nuisibles Contrat prestataire ou protocole propre (dernier passage) ☐ OK / ☐ À faire
10 Étiquetage des préparations en chambre froide Date de fabrication + DLC sur tous les contenants ☐ OK / ☐ À faire
11 Plan HACCP avec CCP identifiés Diagrammes de fabrication + tableau analyse dangers ☐ OK / ☐ À faire
12 Procédure de retrait/rappel produit Procédure écrite 1 page : qui, comment, qui informer ☐ OK / ☐ À faire
Comment se préparer concrètement — Faites cet auto-audit 1 mois avant votre ouverture, puis tous les 6 mois. Imprimez-le et faites-le en marchant dans votre cuisine, point par point. Pour chaque case "À faire", notez immédiatement le responsable et la date limite. Téléchargez notre checklist HACCP complète qui inclut cet auto-audit en version imprimable.
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Questions fréquentes sur le Plan de Maîtrise Sanitaire

Le PMS est-il obligatoire pour un petit restaurant ?

Oui, le Plan de Maîtrise Sanitaire est obligatoire pour tous les établissements manipulant des denrées alimentaires, quelle que soit leur taille. Il n'existe pas de seuil minimal (nombre de couverts, chiffre d'affaires) en dessous duquel l'obligation disparaît. Un restaurant de 10 couverts est soumis aux mêmes exigences qu'un restaurant gastronomique de 200 places.

Quelle est la différence entre le PMS et l'HACCP ?

L'HACCP (Hazard Analysis Critical Control Points) est une méthode d'analyse des dangers basée sur 7 principes. Le PMS est un document plus large qui englobe l'HACCP mais aussi les Bonnes Pratiques d'Hygiène, la traçabilité, la gestion des non-conformités et la gestion des allergènes. En résumé : l'HACCP est un pilier du PMS, mais le PMS ne se résume pas à l'HACCP.

Peut-on faire son PMS soi-même sans consultant ?

Oui, c'est tout à fait possible et légal. Aucun texte n'impose de faire appel à un consultant externe. La condition est que la personne qui rédige le PMS ait suivi la formation en hygiène alimentaire (14h minimum). Des guides de bonnes pratiques d'hygiène (GBPH) existent pour aider. Comptez entre 20 et 40 heures de travail pour un PMS complet adapté à votre établissement.

Combien coûte la mise en place d'un PMS ?

Le coût varie selon la méthode choisie. En autonomie : coût direct quasi nul hors temps de travail. Avec un consultant spécialisé : 500 à 2 000 € pour un PMS adapté à votre restaurant. Avec un logiciel SaaS dédié : 30 à 150 €/mois. Ces coûts sont déductibles fiscalement et souvent finançables via votre OPCO (AKTO pour la restauration).

À quelle fréquence faut-il mettre à jour son PMS ?

Le PMS doit être revu dans 4 situations : changement significatif du menu ou des procédés, changement de fournisseur ou de matières premières, travaux ou réorganisation des locaux, suite à un contrôle DDPP avec prescriptions. En dehors de ces événements déclencheurs, une révision annuelle systématique est recommandée.

Que vérifie l'inspecteur DDPP dans le PMS ?

L'inspecteur vérifie principalement : l'existence du PMS (document écrit, à jour, accessible), les relevés de température (présence, régularité, conservation), le plan de nettoyage (existence + application), la traçabilité fournisseurs (bons de livraison, DLC), la formation du personnel (attestations), la gestion des allergènes (procédures écrites), et les enregistrements des actions correctives.

Qu'est-ce qu'un CCP et comment l'identifier dans mon restaurant ?

Un CCP (Point Critique de Contrôle) est une étape du processus de production où une mesure de maîtrise peut être appliquée pour prévenir ou éliminer un danger alimentaire. En restauration commerciale, les CCP les plus fréquents sont : la cuisson des viandes (température à cœur), le refroidissement rapide, et la réception des matières premières réfrigérées. L'identification se fait via l'arbre de décision HACCP.

Quelle amende en cas de PMS absent ou incomplet ?

Les sanctions peuvent aller d'une simple mise en demeure à un procès-verbal avec amende pouvant atteindre 15 000 € (article L237-1 du Code rural), voire une fermeture administrative immédiate en cas de danger avéré. En cas de TIAC (intoxication alimentaire avérée), la responsabilité pénale personnelle du gérant peut être engagée.

Le GBPH dispense-t-il de faire un PMS ?

Non. Le Guide de Bonnes Pratiques d'Hygiène (GBPH) sectoriel facilite la rédaction du PMS en fournissant un cadre de référence reconnu par les autorités. Mais il ne remplace pas le PMS : vous devez adapter le GBPH à votre établissement, vos produits, vos procédés et vos risques spécifiques.

Quelle est la durée de conservation des documents du PMS ?

La règle générale est de conserver tous les enregistrements 5 ans. Durées spécifiques : relevés de température (3 ans minimum, 5 ans recommandé), bons de livraison (5 ans), attestations de formation (toute la durée d'emploi + 5 ans), procès-verbaux N+D (2 ans minimum). En cas de TIAC, tous les documents peuvent être réquisitionnés par les autorités.